Le Saut de la Pucelle : gouffre, légende et rivière souterraine à Gramat
Le Saut de la Pucelle est un gouffre exutoire du ruisseau de Rignac près de Gramat.
- Situé à 5 km au nord-ouest de Gramat, dans le Lot.
- Entrée à 275 m d’altitude, 10 m sous la D840.
- Porche ouvert à la jonction de Gramat, Rignac et Rocamadour.
- Creusé dans les calcaires jurassiques par érosion chimique.
- Salles souterraines aux plafonds de 20 mètres.
- Réseau topographié totalisant 3 250 m de galeries.
Présentation et situation du Saut de la Pucelle
Le Saut de la Pucelle est un gouffre naturel situé à 5 kilomètres au nord-ouest de Gramat, dans le département du Lot. Il constitue l’exutoire principal du ruisseau de Rignac, qui disparaît sous terre avant de rejoindre la vallée de l’Alzou. Le site se trouve à la jonction de trois communes : Gramat, Rignac et Rocamadour.
L’entrée du gouffre s’ouvre à 275 mètres d’altitude. Son porche se situe 10 mètres en contrebas de la route, ce qui le rend difficile à repérer depuis un véhicule. La route D840, qui relie Gramat à Rocamadour, passe directement au-dessus de la cavité.
Accès et repérage sur le terrain
Pour trouver le site depuis Gramat, suivez la D840 en direction de Rocamadour. L’embranchement vers la D36 se situe à environ 400 mètres du gouffre. Un panneau d’avertissement signale l’entrée sur le site.
- Distance depuis Gramat : 5 km au nord-ouest
- Axe routier : D840 vers Rocamadour
- Repère d’accès : embranchement D36 à 400 m
- Position du porche : 10 m sous la route
- Altitude à l’entrée : 275 m
- Communes concernées : Gramat, Rignac, Rocamadour
Le porche s’ouvre dans un cadre boisé typique du causse de Gramat. Sa proximité immédiate avec la chaussée surprend souvent les visiteurs, car rien ne laisse deviner l’ampleur du réseau souterrain qui se développe en dessous.
Géologie et formation du gouffre

Le Saut de la Pucelle doit son existence au ruisseau de Rignac, qui a patiemment creusé la roche sur des millénaires. Le sous-sol local est constitué de calcaires karstifiables du Jurassique, une roche tendre face à l’érosion chimique de l’eau. C’est cette nature calcaire qui a permis la formation du gouffre et de son réseau souterrain.
Le point clé de cette architecture géologique réside dans la rencontre entre deux couches distinctes : le Bajocien, un calcaire compact qui forme le toit résistant, et le Toarcien, une couche marneuse et imperméable qui bloque l’infiltration. C’est à cette limite que l’entrée du gouffre se situe, à 275 m d’altitude. Le bassin versant amont, bordé au nord, alimente l’ensemble du système.
Cette configuration explique pourquoi les grandes salles souterraines atteignent des hauteurs de plafond de 20 mètres. Le travail d’érosion sur ces couches géologiques contrastées a donné naissance à un réseau d’une rare ampleur, dont la formation s’étale sur une échelle de temps géologique.
Explorations et historique du site
Le Saut de la Pucelle est connu des habitants du causse depuis bien longtemps, mais il a fallu près de deux siècles d’efforts successifs pour percer ses secrets. Aujourd’hui, le réseau totalise 3 250 m de galeries topographiées. Retour sur les grandes étapes de cette exploration souterraine.
| Année | Explorateur ou étude | Étape franchie | Distance ou profondeur |
|---|---|---|---|
| 1831 | Jacques-Antoine Delpon | Description du gouffre | Entrée seulement |
| 1890 | Édouard-Alfred Martel | Première exploration, arrêt au 1er siphon | 130 m depuis l’entrée |
| 1923 | Elliot Barton | Franchissement du premier siphon | Au-delà du siphon 1 |
| 1945 | Brillot et Mouget | Rapport d’exploration détaillé | Réseau amont reconnu |
| 1953 | Guy de Lavaur | Démonstration de l’écoulement souterrain | Lien avec l’Alzou établi |
Les pionniers et la découverte du réseau
Dès 1831, Jacques-Antoine Delpon signe la première description écrite du gouffre. Il faut attendre 1890 pour qu’Édouard-Alfred Martel, pionnier de la spéléologie française, s’y engage et progresse jusqu’au premier siphon, à 130 m de l’entrée. Ce n’est qu’en 1923 qu’Elliot Barton parvient à forcer ce passage noyé et à poursuivre plus loin.
Des explorations formalisées aux relevés modernes
En 1945, Brillot et Mouget produisent un rapport d’exploration structuré. En 1953, Guy de Lavaur démontre par traçage que les eaux du ruisseau de Rignac s’écoulent bien vers la vallée de l’Alzou via le réseau souterrain. Le point extrême exploré se situe aujourd’hui au siphon 2, à 2 816 m de l’entrée et 160 m plus bas.
Hydrologie et rivière souterraine
Le Saut de la Pucelle doit son existence à un cours d’eau de surface bien identifié : le ruisseau de Rignac. Son bassin versant couvre environ 20 km², une superficie modeste qui explique la relative discrétion du débit en période sèche. La pente générale de son cours atteint 5,6 %, un profil suffisamment marqué pour générer une érosion active dans les calcaires jurassiques.
À découvrir aussi
Le calcaire jurassique façonne bien d’autres paysages que ce gouffre : sur le plateau du Guilhaumard, une falaise taillée dans les mêmes roches domine les vallées, et l’on y randonne depuis Cornus. Plus loin, le lac de Castelnau-Lassouts s’étend sur 220 ha en aval de Sainte-Eulalie-d’Olt, où la baignade se pratique librement, sans zone surveillée.
Plus loin, le lac de Beaumont de Lomagne forme un poumon vert familial où pêcheurs et baigneurs se retrouvent toute l’année.
Si l'exploration souterraine vous passionne, le Fort de la Galline se parcourt à pied en accès libre, au-dessus du hameau de Cosprons.
Le réseau du ruisseau de Rignac en surface
- Longueur totale : 14,4 km depuis sa source jusqu’à la perte.
- Affluent principal : le ruisseau de Mordesson, long de 1,3 km.
- Bassin versant : environ 20 km² de superficie drainée.
- Pente moyenne : 6,8 % sur le linéaire amont.
- Dénivelé notable : 123 m descendus au lieu-dit Darnis.
Le point culminant du bassin se situe au Causse Nu, à 422 m d’altitude. C’est de ce relief que partent les écoulements qui convergeront vers la perte, à 275 m d’altitude. Le ruisseau de Rignac doit parcourir ses 14,4 km avant de disparaître sous terre, emportant avec lui les eaux de ruissellement de tout le bassin amont.
La partie souterraine et les siphons
Une fois absorbé par le gouffre, le ruisseau entame un parcours souterrain de 2 816 m pour une pente générale de 5,6 %. Le point extrême exploré se situe 160 m plus bas que l’entrée, marquant la limite actuelle des reconnaissances spéléologiques. Le premier siphon se rencontre à seulement 130 m de l’entrée, un obstacle précoce qui a longtemps freiné l’exploration.
Plus loin, la cascade de la Nymphe se dresse à 1 145 m de l’entrée, avec deux chutes totalisant 10 mètres de hauteur. Les grandes salles souterraines présentent par endroits un plafond atteignant 20 mètres, témoignant de l’ampleur des volumes creusés par l’eau. À 800 m à vol d’oiseau, la vallée de l’Alzou se profile, confirmant la proximité du réseau avec les exutoires de surface.
Conditions d’accès et restrictions
L’entrée du Saut de la Pucelle se situe sur une propriété privée. L’accès y est donc strictement réglementé et ne peut se faire sans autorisation préalable du propriétaire. Un panneau d’avertissement rappelle cette interdiction directement sur le site.
Pour encadrer la pratique, une convention d’accès a été signée le 21 septembre 1998 entre le propriétaire et la Fédération française de spéléologie (FFS). Le CDS46 (comité départemental de spéléologie du Lot) et la FFS figurent parmi les signataires. Cette convention ouvre l’accès aux seuls membres licenciés de la FFS.
Concrètement, toute exploration ou sortie spéléologique dans le gouffre est réservée aux pratiquants affiliés et encadrés. Le grand public ne peut pas y pénétrer librement. Pour une première expérience encadrée, il faut passer par un moniteur diplômé d’État.
Informations pratiques et contact
Pour découvrir le Saut de la Pucelle en toute sécurité, la sortie spéléologie s’effectue exclusivement encadrée par un professionnel. Le moniteur diplômé d’État Yoann Lyonnet guide les groupes à travers le réseau souterrain et veille au respect des consignes de sécurité.
L’activité est proposée par la société Caverna Quercy, spécialisée dans l’exploration des cavités du Lot. L’encadrement est obligatoire, car le site reste une propriété privée et un milieu naturel exigeant.
Contact et réservation
Pour réserver une sortie ou poser une question sur le déroulement de la descente, il suffit de joindre directement le moniteur par téléphone ou par courriel. Il précise le matériel à prévoir et confirme la faisabilité selon la météo et le niveau d’eau.
- Téléphone : 06 24 93 59 27
- Courriel : lyonnet.yoann@gmail.com
Déroulement et conditions de participation
La sortie dure environ 2h30, un format accessible aux débutants encadrés. L’âge minimum est fixé à 12 ans, une limite qui tient compte de la marche en rivière souterraine et des passages parfois étroits.
Prévoir une tenue qui peut être mouillée, des chaussures fermées et un peu d’énergie. Le moniteur fournit le casque et l’éclairage, indispensables dans l’obscurité totale du gouffre.
